Circonscrit dans le contexte géographique de l’Amérique du Nord, contact ou contact culturel est un terme généralement utilisé pour désigner des sociétés qui entrent en interaction, impliquant le processus[1] de contact et d’échange culturel (Silliman 2005). Le terme, cependant, peut impliquer l’idée que le contact a eu lieu à un moment spécifique de l’histoire et que l’intérêt de l’archéologue se porte sur cette période (Orser 2002 :148). Neamoins, dans son utilisation plus large, ce contact peut aller des relations sans conflit à hostiles, peut être à court terme ou à long terme, et il peut inclure une variété d’éléments tels que l’échange, l’intégration, l’esclavage, le colonialisme, l’impérialisme, diaspora, entre autres (Orser 2002, Cusik 1998, Silliman 2005). En tant que modèle analytique pour l’archéologie historique actuelle, les études du contact culturel proposent un cadre de travail comparatif utilisé pour étudier les rencontres et les échanges interculturels au fil du temps. Toutefois, ce n’est que récemment que le contact culturel et le monde matériel ont été reconnus comme des éléments essentiels pour comprendre le colonialisme et l’émergence de la modernité (Gosden 2004 ; Funari et Senatore 2015). Selon Gosden, le terrain d’entente ou « Middle Ground » est l’un des moyens de comprendre le réseau d’interactions, mais dans de nombreux cas, les relations coloniales se sont développées dans un contexte de valeurs culturelles partagées. Par conséquent, on comprend que la différence entre le concept de contact culturel et de colonialisme n’est pas très grande et c’est seulement là où il existe un certain degré de contrôle et d’avantages dont jouissent certains groupes par rapport à d’autres, que nous pouvons vraiment séparer le contact colonial et le contact culturel » (2004 : 33). Bien que certains archéologues utilisent la notion de contact culturel comme synonyme de terrain d’entente et le différenciant du colonialisme, Gosden nous rappelle que l’élément crucial des liens et des échanges colonialistes est la relation de pouvoir (Gosden 2004 : 32). Ainsi doc, j’interprète le contact culturel comme une approche utile pour déterminer la nature des différents types de rencontres culturelles (continues ou intermittentes, directes ou indirectes) qui dans leur ensemble et dans leur profondeur temporelle (long-terme), ont abouti à un processus colonialiste et post-colonialiste dont les répercussions sont encore présentes.
Le colonialisme pour sa part, est compris comme l’effort pour produire des relations de force ou de domination envers un autre groupe ou peuple en dehors de ses frontières géographiques. Selon Silliman (2005 : 58), cet effort de souveraineté est souvent, mais pas toujours, accompli par la colonisation, qui implique l’établissement de colonies qui contrôlent un territoire, gèrent les interactions, extraient le travail, les ressources ou matières premières et le surplus. Pour Patricia Rubertone (2012 : 272) le colonialisme est donc un processus continu plutôt qu’un processus étroitement encadré dans un seul évènement.
Je retiendrais ici l’idée que le colonialisme est une relation basée sur des fins d’exploitation économique, qui implique une possession de territoire (terrestre ou maritime), une influence idéologique et politique et dont l’héritage persiste dans le monde autochtone contemporain. Je soutiens que ces actions colonialistes ont aussi un caractère transformateur, impliquant non seulement de nouvelles formes de changement social, mais également de nouvelles perceptions de l’espace et du temps, habitudes et modes de réalisation (embodiments). En tant que cadre d’analyse pour l’archéologie historique, je considère la théorie du colonialisme comme l’approche la plus appropriée pour étudier les interactions euro-autochtones de l’espace maritime du Nord-Est dans une perspective de « transition » (premières rencontres jusqu’à la situation actuelle des sociétés autochtones) à travers la révision critique de l’histoire « officielle » et par l’étude des vestiges matériels des groupes sociaux et ethniques moins favorisés dans la relation coloniale.
Par ailleurs, un contexte culturel de contact s’intéresse aux interactions intraculturelles (p. ex. entre groupes autochtones ou européens eux-mêmes) et interculturelles (multiethniques) à travers de l’étude de ce que Orser (1996) appelle « nodes of cultural life » (appartenance ethnique, sexe, classe, conception du monde, etc.) Ces nœuds culturels illustrent le plus explicitement l’expérience humaine à un moment et dans un espace donné. Le contexte culturel est un produit des temps et des lieux de la vie quotidienne fusionné avec les traditions et les histoires que les gens connaissent et utilisent chaque jour lorsqu’ils rencontrent les autres. La prise en compte de ce contexte est nécessaire pour reconnaître la complexité et la variabilité de la culture sous la forme de sociétés et de communautés particulières dans leurs contextes historiques spécifiques (Dellino-Musgrave 2006 : 62). Ce contexte est applicable à l’espace maritime du Nord-Est, où la détermination de la variété des groupes qui se sont croisés touche directement à la culture matérielle avec un accent sur l’interprétation des liens humains en rapport étroit avec leur milieu maritime. Cette dernière idée rejoint l’intérêt particulière de site pour lier l’archéologie maritime à l’étude du colonialisme dans l’espace maritime du Nord-Est Canadien. Cela signifie, comprendre l’espace maritime non seulement à partir de la culture matérielle européenne, mais aussi à partir de l’interprétation culturelle et sociale de l’espace maritime américain et la manière dont il était perçu et vécu quotidiennement par ses habitants.
[1] J’utilise le mot processus pour faire référence aux actions humaines continues qui produisent des transformations à travers le temps et l’espace de multiples façons.
*image : A Map of the Inhabited Part of Canada, The North American atlas, selected from the most authentic maps, charts, plans, &c. hitherto published. Faden, William, 1749-1836.
Pour citer ce blog: Barreiro-Argüelles Sarai «Quelques concepts et perspectives pour aborder le contact euroautochtone» Mobility and Maritime Colonization, http://www.mobilityandmaritimecolonization.org/
Bibliographie cité
Cusick, James G. 2015. « Historiography of Acculturation: An Evaluation of Concepts and Their Application in Archaeology ». Dans Studies in Culture Contact: Interaction, Culture Change, and Archaeology, 108‑21. Southern Illinois University Press.
Dellino-Musgrave, Virginia. 2006. Maritime Archaeology and Social Relations: British Action in the Southern Hemisphere. The Springer Series in Underwater Archaeology. Springer US.
Funari, Pedro Paulo A. et Senatore, Maria Ximena. 2015 « Introduction: Disrupting the Grand Narrative of Spanish and Portuguese Colonialism ». Archaeology of Culture Contact and Colonialism in Spanish and Portuguese America, 1‑15.
Gosden, Chris. 2004. Archaeology and Colonialism: Cultural Contact from 5000 BC to the Present. Cambridge University Press.
Orser, Charles E. 1996 A Historical Archaeology of the Modern World. Plenum Press, New York and London.
_____ 2001. « The Anthropology in American Historical Archaeology ». American Anthropologist 103 (3): 621‑32.
_____ 2002. Encyclopedia of Historical Archaeology. London; New York: Routledge.
Rubertone, Patricia E. 2012. « Archaeologies of Colonialism in Unexpected Times and Unexpected Places ». Dans Decolonizing Indigenous Histories, Maxine Oland, Siobhan M. Hart, Liam Frink, 267‑81. Tucson: University of Arizona Press.
Silliman, Stephen. 2001. « Agency, Practical Politics and the Archaeology of Culture Contact ». Journal of Social Archaeology 1 (2): 190‑209.
_______. 2005. « Culture Contact or Colonialism? Challenges in the Archaeology of Native North America ». American Antiquity 70 (1): 55‑74.


